Les meilleurs albums de Punk Hardcore de Californie (2/4) : Orange County

Continuons notre voyage de découverte des groupes et disques légendaires de Punk Hardcore californien ! Deuxième arrêt dans le SoCal, comté d'Orange et ses villes côtières voisines de Los Angeles ! Ici, on est loin des branchés d'Hollywood issus du milieu de l'art, les jeunes d'O.C. sont des purs produits du rêve américain qui a mal tourné à cause de la fracture familiale. Des allumés constituant une scène très créative et ultra-violente, d'où provient d'ailleurs le fameux violent dancing (autrefois appelé Huntington Beach Strut ou H.B. Strut).
Huntington Beach
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1. True Sounds Of Liberty – T.S.O.L. (1981)

Bien qu’originaire de Long Beach (Los Angeles), True Sounds Of Liberty s’est rapidement installé à Huntington Beach. T.S.O.L. a émergé en 1978 des cendres de Vicious Circle, déjà notoire pour la démence et le chaos de leurs concerts, sous l’impulsion de surfeurs athlétiques vêtus de noir, vraie bande de voyous qui se retrouvera à la tête du groupe le plus dangereux du moment.

Pour autant, il faut avouer que leur EP éponyme est à écouter absolument ! En effet, les cinq titres sortis sur Posh Boy Records sont énergiques et sauvages comme il faut, dégoupillant un mécontentement radical à l’égard du gouvernement américain. L’EP a été encensé par la scène pour ses convictions politiques, marquant éternellement les esprits et aussi l’Histoire du Hardcore.

Toujours avec un coup d’avance, T.S.O.L. s’est distingué par sa capacité à lancer les tendances : adepte du maquillage et chantant son amour des cadavres sur l’album très réussi Dance With Me (1981), le public les qualifiera de « goth » et se passionnera pour le nouveau courant musical Death Rock ; hélas dès 1982, le groupe finira par dérouter et finalement perdre ses fans au fil de ses albums de plus en plus expérimentaux et progressifs.

Meilleurs titres : Superficial Love, Abolish Government / Silent Majority, World War III.

 

2. Adolescents – Adolescents (1981)

Adolescents est fondé en 1980 à Fullerton à l’initiative du bassiste Steve Soto après qu’il ait quitté Agent Orange. Le groupe a vite gagné l’intérêt du public avec leur hit Amoeba apparaissant sur la compilation Rodney On The ROQ (Posh Boy Records).

Mais c’est avec leur album éponyme, aussi appelé The Blue Album et édité par le label indépendant Frontier Records, que le groupe a acquis ses lettres de noblesse, devenant l’un des premiers disques de Punk Hardcore le mieux distribué et vendu en Californie, après Fresh Fruit For Rotting Vegetables des Dead Kennedys.

Son succès est dû à son idée, à son identité musicale inédite et visionnaire par rapport à ses comparses du moment : une attaque militante franche portée par un format Pop ! C’est un peu comme si la colère et la puissance de Black Flag ou des Germs rencontraient l’esprit et la créativité de la Pop britannique. Selon moi, on peut y voir le lien entre le Hardcore brut des débuts et la vague Hardcore mélodique à venir dès 1982 (Descendents, Bad Religion, Youth Brigade).

Un équilibre tout simplement parfait que l’on retrouve au fil des treize chansons, toutes plus uniques les unes que les autres et complètement mémorables. Ces gosses du « black hole » sont des artistes et musiciens hors-pair, combattant l’ignorance, le narcissisme et le matérialisme avec force.

Depuis, les choses ont hélas musicalement périclité, le groupe se tournant vers un Punk Rock des plus classiques sur tous ses albums ultérieurs. Salutations et gratitude Monsieur Soto d’avoir été à l’initiative de cette arme contre notre société inconsciente. Reposez en paix !

Meilleurs titres : un testament incroyable du style de la côte Ouest.

 

3. Suicidal Tendencies – Suicidal Tendencies (1983)

Formé en 1981 à Venice Beach, Suicidal Tendencies a toujours été identifié comme faisant partie de la scène d’Orange County, et surtout comme un groupe à part, clivant, innovant et précurseur sur bien des aspects.

Suicidal mené par Mike Muir, a intrigué déjà par l’image de gang qu’il véhiculait : un style arborant des bandanas façon « cholo », l’hyperviolence délibérée dont ils faisaient preuve lors des concerts, un lien plus ou moins prouvé avec des gangs tels que les Venice White Boyz et Venice 13. On est bien loin de l’unité de la scène prônée par leurs confrères !

Néanmoins, toutes ces polémiques ont permis à Suicidal de signer en 1983 avec Frontier Records et sortir leur premier album éponyme. Et quel album, puisqu’avec lui, le groupe a ouvert et tracé une nouvelle voie musicale en mélangeant Punk et Metal, leur valant ainsi d’être crédités comme pères fondateurs du Crossover Thrash Metal et influenceurs de la première vague Skate Punk !! Un album qui impressionne par sa vitesse et sa furie tirées du Punk, sa technicité et puissance inhérentes au Metal, ainsi que l’intelligence et l’humour de ses paroles traitant d’aliénation, de dépression, et des politiques non conformistes.

Le succès est bien au rendez-vous, massif même : Suicidal est le premier groupe à vendre beaucoup d’albums, 200 000 quand Black Flag en vendait 60 000 à leur apogée ; la reconnaissance des lecteurs de Flipside qui l’élisent meilleur groupe et album de l’année 1983 ; le clip d’Institutionalized diffusé en boucle sur MTV, rarissime dans la scène qui rejetait à la base les médias de grande consommation. En résumé, ils ont introduit le Hardcore dans la conscience du grand public !

Les californiens, toujours en activité, ont par la suite renforcé toujours plus cette dimension métallique au fil de leurs nombreux albums, sans jamais retrouver le succès initial. Je ne m’étendrai pas non plus sur leurs projets parallèles boiteux tels que Cyco Miko ou Infectious Groove.

Meilleurs titres : I Shot The Devil, Subliminal, Won’t Fall In Love Today, Institutionalized, I Saw Your Mommy, I Want More.

 

4. Uniform Choice – Screaming For Change (1986)

En cette moitié des années 80, le paysage Punk Hardcore a beaucoup évolué : la plupart des groupes ont arrêté ou changé totalement de style musical, le Hardcore lui s’est « mélodifié » ou metallisé (Crossover Thrash Metal), et les concerts sont devenus des lieux de bagarres entre gangs.

Dans ce nouveau paysage, plusieurs personnes et groupes ne se reconnaissaient plus et tentaient de redonner une virginité au Hardcore, en adoptant le Straight Edge démocratisé par Minor Threat quelques années plus tôt. Formé en 1982 à Huntington Beach par des ex-Vicious Circle et Unity, Uniform Choice a justement fait partie de cette nouvelle vague de groupes appelée Youth Crew. Et le groupe a immédiatement été reconnu comme le plus digne représentant de cette nouvelle génération et direction musicale sur la côte Ouest américaine, là où ses prédécesseurs tels que A.H.C., Justice League ou encore Stäläg 13 avaient moins marqué les esprits.

Pour cause, Uniform Choice, c’est surtout Screaming For Change, un album qui sonne et brille comme ses contemporains de la côte Est (Youth Of Today et les descendants). Il est constitué de quatorze titres courts qui font la part belle aux fameux breakdowns et à des paroles introspectives mettant en avant le pouvoir de la pensée positive, de l’esprit clair (anti-drogue, anti-alcool), de la force par l’unité, et qui ont dessiné les contours du genre. Bref un concentré d’énergie positive, bien équilibré entre dynamisme et mélodie, et qui donne envie de chanter en cœur avec Pat Dubar.

Meilleurs titres : le Youth Crew made in California.

 


En plus de ces groupes et albums mythiques, nous pourrions aussi citer le Hardcore parodique de Peace Thru Vandalism (1982) par The Vandals, ou bien encore le Punk clouté à l’anglaise balancé par les sudistes de Battalion Of Saints sur Fighting Boys (1982).

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