Les meilleurs albums de Punk Hardcore de Californie (4/4) : la Baie de San Francisco

Restons en Californie, direction le Nord dans la région de la baie de San Francisco. Contrairement à Los Angeles, adepte de la loi et de l'ordre, la Bay Area a toujours été un terreau fertile pour des générations de sous-cultures et autres styles de vie alternatifs. Idéal donc pour favoriser le développement de la scène Punk, qui fera émerger des pépites Hardcore emblématiques !
San Francisco
San Francisco et son Golden Gate
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1. Dead Kennedys – Fresh Fruit For Rotting Vegetables (1980)

Impossible de parler Punk Hardcore californien et même américain sans évoquer les Dead Kennedys ! Formés en 1978 à la suite d’une petite annonce rédigée par le guitariste Raymond Pepperell (alias East Bay Ray), ils sont de ces groupes ayant le plus contribué à ce que cette musique se répande autour du monde, avec la prétention forte d’établir une scène unie autour de bases communes.

Ces fondations ont été largement définies par le chanteur Eric Boucher, bien plus connu par son nom de scène Jello Biafra…Surement la plus grande star du Hardcore, un leader charismatique et homme de scène né, fin politicien (4ème aux élections de maire de San Francisco en 1979), visionnaire incendiaire et cible idéale des critiques, bref de quoi le propulser père de cette culture alternative bourgeonnante.

Après quelques singles, leur premier album Fresh Fruit For Rotting Vegetables devient le témoignage concret de l’univers fascinant et du génie sans borne du groupe ! On y retrouve la revendication forte d’indépendance et de culture « Do It Yourself » : le disque et les prochains ont été financés au travers du label Alternative Tentacles Records, créé conjointement entre Biafra et Greg Ginn, guitariste fondateur de leurs voisins sudistes Black Flag (tiens tiens, les mêmes valeurs !).

Puis les DK se démarquent aussi avec leurs paroles écrites au laser, prenant la forme d’un humour sarcastique et de satire corrosive à l’égard des questions politiques et sociales de cette époque. Le nom du groupe et du chanteur sont d’ailleurs la première expression de cette charge violente contre les problématiques en vigueur.

Enfin, le groupe sonne comme aucun autre auparavant, que ce soit sur le registre Punk Rock comme sur le balbutiant Hardcore : ici se joue une sorte de cirque musical vraiment fun et barré, mélangeant des influences Punk anglaises, Surf Rock, Rockabilly, Garage Rock, rythmes plus rentre-dedans, servant le chant tremblotant déluré et cynique de Biafra. De vrais musiciens avec une patte unique qui les rendront tout simplement emblématiques !

Plusieurs productions ont suivi par la suite, dont les excellentissimes In God We Trust, Inc. (1981) et Plastic Surgery Disasters (1982), mais la formation finira par lâcher l’affaire en 1986 après notamment des dissensions internes et un procès pour obscénité et pornographie (l’affiche Penis Landscape dans l’album Frankenchrist).

Meilleurs titres : culte en tout point.

 

2. M.D.C. – Millions Of Dead Cops (1982)

M.D.C., initiales de Millions Of Dead Cops, s’est formé en 1979 à Austin sous le nom The Stains, avant de se relocaliser à San Francisco dès 1982, d’ailleurs comme beaucoup d’autres groupes texans (Dicks, Big Boys, D.R.I, Verbal Abuse…). Leur changement de nom a été nécessaire pour éviter la confusion avec les Stains de Los Angeles et inspiré par les violences policières lors d’un de leurs concerts avec les Black Flag à Orange County.

Leur radicalisme politique donnera lieu à l’album Punk Hardcore probablement le plus extrême sur ce plan : Millions Of Dead Cops, sorti en toute indépendance via R Radical Records et aidé dans sa distribution par Alternative Tentacles Records, véhicule des idéaux sociopolitiques d’extrême gauche. Le chanteur Dave Dictor critique le gouvernement, la police, le capitalisme et les multinationales, la culture américaine (McDonald’s, les rednecks violents, l’Eglise) et revendique la tolérance et les droits humains quel que soit l’origine et l’orientation sexuelle. Moins ironique et plus direct que les Dead Kennedys, le groupe en avait dans le pantalon pour tourner ainsi aux Etats-Unis !

L’offensive sans concession se retrouve également sur le plan sonore avec quatorze titres déroulés en vingt minutes : oubliez la dimension mélodique de la Californie du Sud, la musique est aussi brute, rapide et efficace qu’une charge de peloton CRS. Le Punk très politisé et intelligent de M.D.C. leur a valu d’embarquer sur des tournées prestigieuses : par exemple en Europe avec les Dead Kennedys, ou chez eux sur le Rock Against Reagan Tour, durant lequel ils s’embrouilleront avec Bad Brains, le chanteur H.R. ayant fait preuve d’homophobie envers les Big Boys !

Mais leur dogme politique a finalement joué contre eux, les obligeant à varier leur nom pour tenter de calmer le jeu (Multi-Death Corporation, Millions Of Dead Children, Millions Of Damn Christians, etc.). L’accumulation de rumeurs et scandales, les changements de line-up et les productions suivantes passables (jusqu’à aujourd’hui) ont finalement lassé une bonne partie de leur public.

Meilleurs titres : Business On Parade, Dead Cops, Corporate Deathburger, I Remember, John Wayne Was A Nazi, My Family Is A Little Weird.

 

3. Crucifix – Dehumanization (1983)

L’histoire de Crucifix a commencé par la rencontre des jeunes guitaristes Jimmy Crucifix (treize ans) et du chanteur Sothira Phen (quinze ans), né au Cambodge et réfugié avec sa famille lors de la prise du pouvoir par les Khmers Rouges ! Originaire de la voisine Berkeley et actif de 1980 à 1984, le groupe a certainement été le plus impressionnant de la scène nord-californienne.

Après deux premiers EP prometteurs, leur unique album Dehumanization les a propulsés au sommet par son attaque musicale franchement féroce et politisée, présentant et mélangeant les caractéristiques du D-Beat et de l’Anarcho-Punk anglais avec cette fine touche de radicalité américaine. Cette combinaison gagnante séduira sans surprise Corpus Christi Records, spin-off du label Anarcho-Punk anglais Crass Records !

Les quatorze titres sont forgés par l’idéologie anarchique et libertaire du collectif Punk anglais Crass, livrant une critique virulente à l’encontre de la guerre, de la violence, du pouvoir, de la destruction des droits et de la dignité humaine, etc. à tel point que Annihilation et son discours d’ouverture poignant est devenu iconique !

Cette profondeur et intensité du message est d’autant plus soutenue et décuplée par le chaos, la brutalité et l’urgence de la musique, dans un style très anglais à la Discharge et The Varukers : la basse lourde et agressive, la guitare-tronçonneuse et cette rythmique effrénée défouraillent tout au long des 23 minutes.

Une fois n’est pas coutume, le groupe s’est arrêté au meilleur de sa forme, influençant largement la génération et courant musical Crust Punk à venir.

Meilleurs titres : Annihilation, Skinned Alive, Prejudice, Another Mouth To Feed, Indochina, Three Miles To Oblivion, Death Toll, Blind Destruction, Rise And Fall.

 


La Bay Area étant une Terre de Thrash Metal, de nombreux groupes ont alimenté le mélange entre Punk et Metal, dont les très bons The Faction et leur Skate Punk sur No Hidden Messages (1983), D.R.I. (pour Dirty Rotten Imbeciles), déflorant le territoire Fastcore avec son Dirty Rotten EP (1983), sans oublier les coreux Crossover de Verbal Abuse avec Just An American Band (1984).

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