Les meilleurs albums de Punk Hardcore de Washington D.C.

Si Los Angeles et la Californie ont engendré le Punk Hardcore, il s'est aussi construit à Washington D.C., la capitale des Etats-Unis. A la fin des années 1970, la jeunesse issue principalement de familles aisées et fréquentant les écoles prestigieuses découvre les nouvelles stars du Punk Rock local, les Bad Brains. Parmi elle, le légendaire Ian MacKaye et son label Dischord Records, autour desquels s'est organisée et développée la scène harDCore dont l'existence a été aussi intense (fin en 1983) qu'unique (émergence du Straight Edge). Flex Your Head !
Washington DC
Le Capitole frappé par la foudre
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1. Bad Brains – Bad Brains (1982)

Le Punk Hardcore de la côte Est américaine est né avec les Bad Brains. Avant eux, il n’existait tout simplement pas de mouvement, c’est dire ! Initialement formé en 1976 sous le nom de Mind Power, le groupe était composé du chanteur Paul « H.R. » Hudson, du batteur Earl Hudson (frère de H.R.), du guitariste Gary « Dr Know » Miller et du bassiste Derryl Jenifer.

Après quelques années à pratiquer le Jazz fusion, la découverte du Punk Rock a fait basculer leur vie : ils sont entrés en contact avec le mouvement Rastafari par l’intermédiaire de The Clash et The Ruts, quand les Ramones et les Sex Pistols les ont amenés à changer de style musical et de nom au début de 1978 (Bad Brain étant une chanson des Ramones).

Certains débattent encore et toujours sur le fait que les Bad Brains aient créé leur Hardcore en réponse ou simultanément aux évènements de la Californie de Sud, leur premier album Black Dots ayant été enregistré en 1979 mais sorti qu’en 1996 ! Une chose est certaine, leur approche musicale singulière a bien amorcé un virage au sein de la scène Punk Rock : être le groupe le plus rapide du monde, faire preuve de créativité au niveau des accords et des notes pour un maximum de musicalité, le tout sur fond d’évangélisme Rasta et de culture noire.

Trois années à retourner les salles de concert de D.C. leur valant au passage un bannissement dans la capitale, puis une tournée avec The Clash à New York et voilà les américains poursuivant l’expérience avec leur premier album éponyme sorti en 1982 sur ROIR Records : seize titres aussi appelés The Yellow Tape ou encore Attitude : The ROIR Sessions.

La majorité des compositions sont Punk dans l’âme, affichant une énergie et virtuosité déconcertantes, incroyablement irréprochables sur le plan technique. Sailin’on, Attitude, Banned In D.C., I, Big Take Over, Pay To Cum ou encore Right Brigade en imposent et fascinent par le jeu de guitare complexe et supersonique, ainsi que par la tessiture vocale démentielle de H.R. ! Mais on a aussi droit à quelques accalmies 100% Reggae, 100% planantes et dans la dévotion à Jah…des notes de sérénité et d’espoir au cœur de la tempête !

Malgré leur talent infini, les Bad Brains ont manqué de devenir une icône majeure du Rock, rattrapés par leurs propres démons : le groupe n’appliquait plus vraiment ce qu’il prêchait, la tournée nationale leur a été fatale mettant en lumière la personnalité perturbée de H.R. (dont son homophobie, cf. concert avec M.D.C. et Big Boys), les divergences internes quant à leur avenir musical (Rock vs Reggae), les multiples séparations et reformations, etc.

Mais D.C. et plus généralement la côte Est avaient gouté aux plantations de Bad Brains, marquant et inspirant tout une génération de gamins. Parmi eux, se trouvaient Ian MacKaye, Henry Rollins, Harley Flanagan, John Joseph McGowan…

Meilleurs titres : Magique !!

 

2. The Teen Idles – Minor Disturbance E.P. (1980)

Parmi la descendance engendrée par les Bad Brains, il y a un groupe incontournable qui a ouvert le boulevard à tous les autres de Washington D.C. : The Teen Idles, né des The Slinkees au printemps 1979 (groupe de reprises de la Woodrow Wilson High School), sous l’impulsion d’un quatuor adolescent constitué de Ian MacKaye, Jeff Nelson, Geordie Grindle et Nathan Strejcek.

Fascinés par les Bad Brains mais très limités par leurs capacités techniques, leurs nouvelles compositions étaient particulièrement simples, courtes et directes, laissant une impression d’urgence et de mur hurlant. Puis en 1980, a eu lieu cette « tournée » de fin d’études, en l’occurrence ces deux dates à Los Angeles et San Francisco, qui les a percutés : ils y ont découvert des semblables musicaux, profondément nourris au désespoir qu’il leur manquait (étant la plupart issus de familles aisées), et en reviendront empreints d’histoires élogieuses à propos de la scène californienne et des punks des villes côtières avec lesquels ils avaient trainés ou s’étaient embrouillés.

Ce voyage les a endurcis et radicalisés, les amenant à revoir et codifier l’attitude : un look anti-mode à base de crâne rasé, anneaux, chaînes, sangles de bondage ou autres bottes noires accessoirisées, volontairement intimidant et « allez vous faire foutre » mais en même temps créant une appartenance commune ; le rejet du Punk New Wave grandissant, de l’industrie musicale et de la starification ; la musique pour tous, avec l’accès autorisé aux clubs (mais pas à l’alcool) pour les mineurs par la mise en place d’un code les identifiant : le X sur les poignets !

Il a fallu quatorze petits mois aux Teen Idles menés par leur bassiste Ian MacKaye pour lancer une nouvelle esthétique musicale et culturelle, un mouvement à part entière qu’ils qualifiaient de hard-core ou harDCore (jeu de mots) en réponse au Punk Rock traditionnel et New Wave. Après plusieurs mois de tournée répandant la bonne parole et créant une communauté, le groupe s’est séparé à la fin des années 1980, laissant à posteriori un dernier cadeau.

L’EP Minor Disturbance, autofinancé par 600 dollars économisés, est sorti sur le label Dischord Records monté pour l’occasion par Ian et Jeff. Ses 8 titres constituent le premier véritable disque Punk Hardcore de Washington D.C., on ne peut plus primal et loin d’être bon, mais tellement annonciateur de ce qui était à venir !

Meilleurs titres : Teen Idles, Sneakers, Deadhead.

 

3. S.O.A. – No Policy E.P. (1981)

Après le départ de son chanteur Lyle Preslar, le groupe The Extorts a recruté Henry Garfield pour devenir State Of Alert (S.O.A.) en 1980. Pas besoin de le chercher bien loin, il était l’un des roadies des Teen Idles et un ami proche de Ian Mackaye.

S.O.A. a d’ailleurs eu une durée de vie toute aussi courte et intense, avec seulement dix mois, une dizaine de concerts et un EP à son actif. Payé entièrement par Henry et deuxième disque édité par Dischord Records, No Policy a poursuivi et contribué à la nouvelle direction tracée par les Teen Idles : court, la plupart des titres faisant quarante secondes, simple, violent avec un Garfield dans l’attaque, parlant de la scène, des filles, de la police et de sa passion pour la baston.

Finalement poussif, pas vraiment bon non plus et ayant eu peu d’écho à sa sortie…mais il n’en reste pas moins important, d’une part pour sa contribution à la nouvelle direction de la scène Punk Hardcore de D.C., et d’autre part du fait de la trajectoire à venir de son chanteur : lors du dernier concert du groupe à Philadelphie en ouverture pour les californiens Black Flag, ces derniers l’ont remarqué, ont fini par le recruter au chant et en faire la légende vivante Henry « Rollins » Garfield !

Meilleurs titres : Lost In Space, Blackout, Warzone, Public Defender.

 

4. Minor Threat – Filler (1981)

Après l’explosion des Teen Idles, Ian Mackaye et Jeff Nelson ont formé Minor Threat – appelé au début Fifth Column – en Novembre 1980. Rejoints par Lyle Preslar (ex-The Extorts) et Brian Baker, le groupe aspirait à l’idéal des Bad Brains qu’il côtoyait régulièrement et souhaitait poursuivre le travail débuté chez les Teen Idles.

Il est finalement devenu le groupe ultime de la scène de Washington D.C., catalysant et inscrivant définitivement le style dans l’Histoire du Punk Hardcore : des chansons toujours aussi courtes, rapides et furieuses que celles de leurs ainés, mais d’une excellence divine grâce à l’intégration de mélodies redoutables et accrocheuses ; une indépendance revendiquée, tous leurs disques sortant sur leur label Dischord Records ; un engagement fort et positif, rejetant notamment les substances toxiques (droguer, alcool, sexe) et prônant une mentalité introspective axé sur la conscience et la connaissance de soi !

Filler, troisième disque du label et premier EP de Minor Threat, est le formidable témoignage des fondations posées par le groupe ! Une ligne sans compromis, la radicalité poussée à son paroxysme, tant sur le plan musical que l’état d’esprit : la philosophie de vie Straight Edge (du nom de la chanson) venait de naitre et allait devenir un phénomène de société quelques années plus tard jusqu’à encore aujourd’hui…

Minor Threat s’est arrêté en 1983, gangréné par les conflits de personnalité et les problèmes financiers causés par la doctrine établie par Ian (les concerts pour les jeunes à un tarif peu élevé). Le groupe a laissé derrière lui une discographie exceptionnelle avec In My Eyes (1981) et Out Of Step (1983), avant de lancer au milieu des années 1980 d’autres projets à l’esthétique toute autre : Embrace, Fugazi et Dag Nasty notamment ont formé la vague du Revolution Summer ou les débuts du Post-Hardcore et de l’Emocore…

Meilleurs titres : le pivot dans l’Histoire du Punk Hardcore.

 

5. Government Issue – Legless Bull E.P. (1981)

Quatrième disque Punk Hardcore édité par Dischord Records : Legless Bull E.P. de Government Issue (jeu de mot ironique sur les soldats américains GI). Le groupe formé en 1980 par le chanteur John « Stabb » Schroeder était considéré, avec Minor Threat, comme le meilleur groupe de D.C.

Pour cause, tout n’est qu’énergie et férocité comme ses prédécesseurs mais le son et le niveau de jeu sont bien plus évolués. Pour exemple cette guitare assez peu saturée et très pétillante à la Dead Kennedys, qui confère un côté terriblement accrocheur et dansant aux compositions. Stabb aussi assure le show avec un chant justement chanté et propre, ainsi que des paroles visant la religion, la mode et les poseurs, le Rock et la drogue ou expliquant encore la vie et l’état d’esprit Hardcore !

Par la suite, le groupe a sorti d’excellents disques comme Make An Effort (1982) et Boycott Stabb (1983), musicalement plus matures grâce à la participation du guitariste Brian Baker (Minor Threat). Mais les nombreux changements de line-up et l’évolution plus Rock et douce sur les albums ultérieurs auront raison du groupe. Reposez en paix Monsieur Stabb !

Meilleurs titres : Religious Ripoff, Fashionite, Rock & Roll Bullshit, Asshole, Bored To Death.

 


La ligne dure était au cœur de la scène de Washington D.C., également portée par des groupes comme Youth Brigade (mené encore par Nathan Strejcek) sur l’EP Possible (1981), Deadline sur 8/2/82 (1982) ou encore The Faith (le groupe de Alec Mackaye, frère de Ian) sur Subject To Change (1983), album également précurseur du Post-Hardcore à venir.

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